Quand la fleur s'offre au Bourdon.

Suis-je trop sensuelle pour attirer tant de bourdonnements ?
L'hyménoptère qui fouille le suc de mes entrailles, vibre ardemment,
Mes pétales de soie pour lui, se pâment de bonheur sur ma tige
Pourtant je me sens si bien sous l'emprise de cet immobile vertige.

Pressentant le lourd pollen des étamines s'échapper,
Mon pistil s'entrouvre, je crains donc pour ma pureté,
Pas pour souiller ma fraîcheur!.... Suis-je à ce point trop pudique ?
Pour ne pas m'offusquer de ce bonheur!...Suis-je prise de panique ?

Pourquoi vais-je ressentir avec autant d'anxiété l'angoisse du repli ?
Tel un brusque abandon, cet arrêt de butiner comme un oubli,
Quand elle me violentait avec tant et tant de douceur,
Cette abeille bourdon savait chavirer l'essence mon coeur.

Alors que mes lourdes étamines poudrent son corps de jaune-vert,
Savourant toujours le néant, au plus profond mes abîmes ouverts,
La simple peur d'un autre murmure comme une piqûre me blesse
Mais vais-je défaillir aux plus chastes des caresses ?

Quelle joie non déguisée après tant de tourments ?
Et cette rosée du matin qui me couronne de diamants,
Maintenant monte et se diffuse en fugue, mon parfum,
Qui va veiller étrangement sur cet amour si court devenu défunt

 

                                      Thierry Montgaillard.

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